Le collectif ouaisfieu fait face à un obstacle majeur immédiat : le moratoire 2026-2028 bloque toute nouvelle demande de reconnaissance EP jusqu'en 2028 au minimum, selon le décret-programme du 17 décembre 2025. Cette contrainte temporelle impose une stratégie de consolidation préalable plutôt qu'une demande précipitée. Bonne nouvelle toutefois : le profil documentaire et analytique du collectif correspond naturellement à l'axe 3 du décret (production d'analyses, études et outils), une porte d'entrée accessible pour une première reconnaissance. Le parcours vers le statut de mouvement d'EP reste réaliste à l'horizon 2042, à condition de structurer méthodiquement l'élargissement territorial et multi-axes dès maintenant.
Le décret du 17 juillet 2003, profondément révisé en novembre 2018 (entrée en vigueur janvier 2019), définit l'éducation permanente comme visant l'analyse critique de la société, la stimulation d'initiatives démocratiques et collectives, et l'exercice des droits dans une perspective d'émancipation individuelle et collective. La révision de 2018 a accentué l'exigence qualitative via l'auto-évaluation obligatoire, tout en assouplissant les critères quantitatifs grâce au principe de "lissage" sur la période quinquennale.
Les quatre axes de reconnaissance fonctionnent ainsi :
Depuis 2018, la transversalité entre axes permet de valoriser jusqu'à 20% des réalisations relevant d'un autre axe que celui de la reconnaissance principale.
Une question cruciale pour ouaisfieu : 5 participants suffisent-ils ? Les recherches n'ont pas permis de trouver un seuil explicite fixé par le décret ou l'arrêté. Ce qui est établi : le public doit être composé d'au moins 60% d'adultes, et les activités doivent démontrer une participation active. Pour l'axe 2 spécifiquement, la comptabilisation se fait désormais en heures de formation plutôt qu'en heures-participants. Recommandation : contacter directement le Service de l'Éducation permanente (Boulevard Léopold II, 44 - 1080 Bruxelles, tél. 02 413 3000) pour clarification avant de structurer les ateliers.
Les adaptations COVID (2020-2022) ont permis des mesures temporaires : immunisation des subventions, protocoles de déconfinement, et acceptation provisoire des activités numériques. Cependant, aucune modification définitive du décret n'a intégré durablement le distanciel comme activité valorisable de plein droit. La circulaire de la Ministre Linard du 8 juin 2020 et les procédures d'immunisation prolongées en 2022 constituaient des mesures dérogatoires temporaires.
La position du secteur demeure prudente. Les CEMEA affirment explicitement que "la FOAD ne peut se suffire à elle-même, elle est un complément" au présentiel. L'éducation permanente valorise la vie collective et le présentiel comme essentiels à l'émancipation. Pour ouaisfieu, cela implique de concevoir les ateliers asynchrones comme compléments d'actions présentielles, ou de documenter très précisément comment ils répondent aux critères de participation active et d'analyse critique malgré leur format distant.
L'administration exige le dépôt du Rapport Annuel d'Activités (RAA) au 30 juin au plus tard via la plateforme SUBside. Le dossier comprend un formulaire-type, des tableaux d'activités spécifiques par axe, et des annexes obligatoires : rapport moral présenté à l'AG, bilan et compte de résultats en comptabilité partie double, tableau d'amortissements, budget prévisionnel, et PV de l'AG certifié.
Les associations reconnues structurent généralement leurs rapports ainsi :
Exemples de rapports publics consultables : Lire et Écrire Wallonie publie ses rapports de 2006 à 2024 sur lire-et-ecrire.be ; le Centre Avec publie ses rapports 2018-2024 sur centreavec.be ; le Collectif Alpha propose un rapport d'évaluation EP 2011-2016 détaillé de 119 pages.
Les CEMEA utilisent des séquences FOAD intégrées aux formations : contenus asynchrones sur les réglementations mis à disposition avant le présentiel, webinaires enregistrés accessibles via PeerTube. Au Québec, le mouvement d'éducation populaire autonome propose des ateliers courts transposables en asynchrone combinant apports de réflexions, partage de vécus et co-construction.
Peuple et Culture Wallonie-Bruxelles organise des formations de 2 jours hybridables avec lectures préparatoires et ressources en ligne. La méthodologie ascendante structure le parcours : représentations initiales → éclairage théorique → élaboration d'actions.
Les MOOCs d'éducation populaire en France s'étendent sur environ 6 semaines avec attestations/badges de participation. EDUlib au Québec propose des formations universitaires asynchrones de plusieurs semaines à plusieurs mois avec certification possible.
La Charte CEMEA de la Formation à Distance établit le principe : temps de travail à distance encadrés par des temps présentiels, accompagnement asynchrone par les équipes pédagogiques. Le projet ECHO Network (Erasmus+) développe des ressources hybrides pour la citoyenneté numérique avec outils libres.
Pour les plateformes LMS, Moodle reste le standard pour les parcours complexes et formations certifiantes, tandis que Chamilo offre une prise en main 5 fois plus rapide pour les associations. La mallette des CEMEA (mallette.cemea.org) propose une suite d'outils libres hébergés : Pad/Etherpad pour l'écriture collaborative, Post-it pour les remue-méninges, BigBlueButton pour la visioconférence orientée formation, PeerTube pour l'hébergement vidéo décentralisé, Wekan pour la gestion de projets.
La suite Framasoft (Framapad, Framadate, Framaboard) offre des alternatives gratuites. La plateforme Zourit.net des CEMEA fournit une suite complète pour associations de l'ESS avec hébergement éthique.
Dans Moodle/Chamilo, le suivi automatique permet de documenter les logs de connexion, le temps passé par activité, l'achèvement d'activités selon des critères paramétrables. Les Open Badges constituent des images numériques certifiant compétences et participation avec métadonnées vérifiables. Le plugin Attestoodle génère des attestations d'assiduité basées sur le volume horaire.
Les pratiques recommandées incluent : carnets de bord numériques sur pads partagés, productions collectives comme preuve de participation, forums de discussion avec traces d'échanges exportables, portfolios de compétences (type Mahara), évaluations par les pairs documentées.
Les activités d'animation peuvent inclure des formats numériques si elles répondent aux critères de participation active, d'analyse critique, et visent l'émancipation. La réforme 2018 insiste sur la participation des publics plutôt que sur le format. Pour ouaisfieu, les ateliers de décryptage économique ou médiatique peuvent être valorisés s'ils impliquent un échange actif avec les participants et non une simple diffusion d'information.
Les 4 dossiers actuels de ouaisfieu (échanges économiques, citoyenneté, sanctions, information & pouvoir d'agir) correspondent au profil de l'axe 3. Pour atteindre les seuils, il faut produire 15 analyses de 8.000 signes minimum et 1 étude de 60.000 signes par an. Exemples d'associations reconnues en axe 3 : ADDE, Lire et Écrire, CESEP, Territoires de la Mémoire.
Les analyses et études (axe 3) peuvent nourrir des campagnes de sensibilisation. Les critères exigent 2 campagnes construites par an sur des thématiques précises et 20 interventions publiques ponctuelles. La transversalité permet de combiner les approches.
Le statut de mouvement représente le niveau le plus élevé de reconnaissance. Les critères cumulatifs obligatoires imposent : actions sur minimum 3 axes dont obligatoirement l'axe 1 ; champ d'action sur l'ensemble du territoire FWB (région de langue française et Bruxelles-Capitale) ; structure fédérant au moins 3 associations dépendantes couvrant chacune au moins une province ; développement d'actions de proximité au niveau local ; participation active des publics ; actions ciblant notamment le public issu de milieux populaires (maximum diplôme secondaire ou situation de précarité).
Les mouvements reconnus actuels illustrent cette structuration : Lire et Écrire compte 8 régionales wallonnes plus une bruxelloise ; PAC dispose de 11 régionales et environ 200 sections locales ; les Équipes Populaires fédèrent environ 120 groupes locaux en FWB avec 9 régionales.
Le décret-programme du 17 décembre 2025 établit qu'aucune demande de principe ne peut être introduite en 2026, et qu'aucune demande de reconnaissance ne peut être introduite en 2026 ni 2027. Ce gel s'inscrit dans un contexte de 500 millions d'euros d'économies structurelles prévues sur 2026-2029, avec non-indexation des subventions en 2026 et suppression des reconnaissances EP liées aux partis politiques fin 2026.
Pour ouaisfieu, cela signifie que la première demande de principe ne pourra intervenir qu'à partir de janvier 2028 au plus tôt. Ce délai impose une phase de consolidation plutôt qu'une précipitation.
Création de l'ASBL si non fait, documentation systématique de toutes les activités (heures, participants, retombées), développement du réseau de partenaires EP reconnus, élargissement territorial avec contacts dans différentes provinces, création d'un comité de lecture citoyens-experts. Les activités à documenter incluent ateliers-débats en partenariat avec ASBL EP reconnues, formations citoyennes, production d'analyses.
Demande de principe dès réouverture en janvier 2028, en visant la reconnaissance axe 3 correspondant au profil naturel du collectif. Conditions à atteindre : minimum 2 unités de réalisation par an, centre de documentation ou service identifiable, public adulte documenté.
Obtention de la reconnaissance à durée déterminée (3 ans), développement de l'axe 1 en parallèle, amorce de l'axe 4, premier contrat-programme. Développement territorial avec création ou partenariat de noyaux locaux dans au moins 3 provinces.
Reconnaissance à durée indéterminée, reconnaissance sur 2-3 axes, formalisation de minimum 3 associations fédérées. Structure cible : entité coordinatrice centrale plus minimum 3 antennes régionales actives.
Demande de reconnaissance comme mouvement EP avec couverture territoriale complète FWB, actions sur minimum 3 axes dont axe 1, démonstration d'impact sur publics populaires.
Le secteur compte environ 280 ASBL reconnues et 2.300 ETP. La tension croît entre finalités émancipatrices de l'EP et politiques d'insertion socio-professionnelle orientées activation. La numérisation progresse : plateforme SUBside obligatoire, catalogue Webopac pour les productions axe 3, pôle de mutualisation inauguré en 2025.
L'IA représente une opportunité comme sujet d'analyse critique (enjeux éthiques, biais algorithmiques, impact sociétal) et un outil pour l'accessibilité (lecture facile, versions audio, traduction). La FWB adopte une approche prudente : le document officiel d'août 2025 sur l'IA dans l'enseignement consacre 85% de son contenu aux précautions. Les défis identifiés incluent la fracture numérique des publics populaires, la sobriété numérique, et le risque de techno-solutionnisme versus approche critique.
L'approche low-tech de ouaisfieu (site statique Jekyll sur GitHub Pages, sans tracking, code ouvert) s'aligne avec les valeurs d'indépendance et de transparence valorisées dans le secteur.
Le moratoire 2026-2028 offre paradoxalement une opportunité de consolidation méthodique. Ouaisfieu dispose de deux ans pour documenter rigoureusement ses activités, élargir son ancrage territorial, et atteindre les seuils quantitatifs de l'axe 3. Les 4 dossiers existants constituent une base solide mais insuffisante : il faut viser 15 analyses par an pour répondre aux critères.
La trajectoire vers le statut de mouvement en 2042 reste réaliste si le collectif structure dès maintenant ses partenariats provinciaux et développe progressivement les axes 1 et 4 en complément de l'axe 3 naturel. L'enjeu principal sera de fédérer au moins 3 entités territoriales couvrant chacune une province - un travail de construction de réseau qui prend du temps et justifie de commencer immédiatement.
Pour les ateliers asynchrones, la prudence s'impose : les intégrer comme compléments d'actions présentielles plutôt que comme format autonome, et documenter méticuleusement la participation active des publics. Les outils libres (Moodle, mallette CEMEA, Framasoft) offrent des solutions de traçabilité compatibles avec les exigences de valorisation EP.