Klimaatzaak Belgique : Quand 58 000 Citoyens Font Condamner l''État pour Inaction Climatique

Klimaatzaak Belgique

L'affaire qui a fait condamner l'État belge

Klimaatzaak (littéralement « L'Affaire Climat ») est une action en justice lancée en 2015 par l'ASBL du même nom, soutenue par 58 000 citoyens co-demandeurs. En 2021, le tribunal de Bruxelles a rendu un jugement historique : l'État belge est condamné pour inaction climatique.

Une première : Jamais autant de citoyens n'avaient collectivement poursuivi leur propre État pour le forcer à agir contre le réchauffement climatique.


Chronologie de l'affaire

2014-2015 : Lancement

Date Événement
2014 L'ASBL Klimaatzaak est créée, inspirée par l'affaire Urgenda (Pays-Bas)
Avril 2015 Dépôt de la plainte contre l'État fédéral, la Région flamande, la Région wallonne et la Région de Bruxelles-Capitale
2015-2018 Collecte de 58 000 co-demandeurs (citoyens ordinaires)

2019-2021 : Le procès

Date Événement
Mars 2019 Début du procès devant le tribunal de première instance de Bruxelles
Juin 2021 Jugement historique — L'État et les Régions sont condamnés pour faute
Novembre 2021 L'État fait appel

2023-2025 : L'appel

Date Événement
Septembre 2023 Début du procès en appel
Novembre 2024 Arrêt de la Cour d'appel — Confirmation de la condamnation
2025 Pourvoi en cassation possible, menace d'astreintes

Le contenu du jugement

Ce que le tribunal a jugé (2021)

Le tribunal de première instance de Bruxelles a statué que :

  1. L'État fédéral et les trois Régions ont commis une faute en ne menant pas une politique climatique suffisante
  2. Cette faute constitue une violation des articles 2 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme (droit à la vie, respect de la vie privée)
  3. L'État doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre d'au moins 55% d'ici 2030 (par rapport à 1990)

Ce que le tribunal n'a PAS accordé

Le tribunal a refusé :

  • D'imposer une astreinte (amende journalière) en cas de non-respect
  • De condamner l'État à des dommages et intérêts individuels

La confirmation en appel (2024)

La Cour d'appel a confirmé la condamnation tout en ajoutant :

  • Une obligation de trajectoire contraignante (pas seulement un objectif final)
  • Un mécanisme de suivi (rapports annuels)
  • La possibilité de demander des astreintes si l'État ne respecte pas la trajectoire

Pourquoi cette affaire est historique

1. Le nombre de co-demandeurs

58 000 citoyens ont rejoint l'action. C'est la plus grande action collective de l'histoire judiciaire belge et l'une des plus importantes au monde pour le climat.

2. La condamnation de l'État pour inaction

C'est la première fois que l'État belge est condamné par un tribunal pour n'avoir pas pris suffisamment de mesures contre le changement climatique.

3. L'utilisation des droits fondamentaux

Les plaignants ont invoqué :

  • Le droit à la vie (article 2 CEDH) — Le changement climatique menace la vie
  • Le droit au respect de la vie privée (article 8 CEDH) — Inclut le droit à un environnement sain
  • Le devoir de prudence (droit civil belge) — L'État a une obligation de protéger ses citoyens

Cette stratégie juridique a été reprise dans d'autres pays.

4. L'effet de précédent

L'affaire Klimaatzaak a inspiré des actions similaires :

  • Urgenda (Pays-Bas, 2015) — Pionnière
  • Grande-Synthe (France, 2021)
  • Affaires allemandes (2021)
  • Shell condamné (Pays-Bas, 2021)

Les difficultés d'application

Le problème du fédéralisme belge

La politique climatique est éclatée entre 5 niveaux de pouvoir :

Niveau Compétence
Fédéral Normes de produits, fiscalité, nucléaire
Région flamande Énergie, environnement, mobilité (Flandre)
Région wallonne Idem (Wallonie)
Région bruxelloise Idem (Bruxelles)
Union européenne Objectifs contraignants (Green Deal)

Cette fragmentation rend difficile une réponse coordonnée. Le tribunal a d'ailleurs condamné tous les niveaux solidairement.

L'« État voyou » ?

Certains magistrats et observateurs ont qualifié l'État belge d'« État voyou » (rogue state) en raison de :

  • Son refus persistant d'exécuter les condamnations climatiques
  • Les milliers de condamnations dans d'autres domaines (asile, notamment) également non exécutées
  • Le mépris apparent pour les décisions de justice

Klimaatzaak rejoint ainsi une tendance plus large de l'État belge face à ses juges.


La suite (2025-2026)

Menace d'astreintes

Klimaatzaak a annoncé qu'en cas de non-respect de la trajectoire de réduction, elle demanderait des astreintes (amendes journalières pouvant atteindre des millions d'euros).

Pression sur le gouvernement Arizona

Le nouveau gouvernement fait face à :

  • L'obligation juridique de respecter le jugement
  • La pression de l'UE (objectifs du Green Deal)
  • La critique interne (mouvements écologistes, citoyens)

Ce que les citoyens peuvent retenir

1. La justice comme contre-pouvoir

Quand le politique échoue (cf. particratie), la justice peut être un recours citoyen efficace. Klimaatzaak prouve que les tribunaux peuvent contraindre l'État à agir.

2. L'action collective fonctionne

58 000 personnes se sont mobilisées juridiquement. C'est une forme de veille citoyenne et d'engagement qui dépasse le simple vote.

3. Le droit comme outil d'émancipation

L'utilisation des droits fondamentaux (CEDH) pour défendre le climat montre comment le droit peut être un levier de transformation sociale.


Questions fréquentes

Puis-je encore devenir co-demandeur ? La phase de collecte des co-demandeurs est close. Cependant, vous pouvez soutenir Klimaatzaak financièrement ou symboliquement via leur site web, et vous pouvez rejoindre d'autres mouvements climatiques.
L'État va-t-il vraiment respecter le jugement ? C'est la grande question. L'État belge a un historique de **non-exécution** des décisions de justice (cf. crise de l'asile). Cependant, les astreintes financières et la pression européenne pourraient changer la donne.
Quel impact sur ma vie quotidienne ? Si l'État respecte le jugement, cela implique des politiques plus ambitieuses : isolation des bâtiments, transports en commun, énergies renouvelables, taxation du carbone... Des changements concrets, mais pas immédiats.

En résumé

Élément Description
Affaire Klimaatzaak — L'Affaire Climat
Lancée 2015 (ASBL + 58 000 co-demandeurs)
Jugement 1ère instance 2021 — État condamné pour faute
Jugement appel 2024 — Confirmation + obligations renforcées
Enjeu Forcer l'État à réduire ses émissions de 55% d'ici 2030

Pour aller plus loin

Liens officiels


Sources : Klimaatzaak ASBL, jugements du tribunal de Bruxelles et de la Cour d'appel · Licence CC BY-NC 4.0

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