Le « délire » auquel vous faites face est une manifestation du style punk-numérique et satirique de l'écosystème ouaisfi·eu.
Derrière l'analyse politique sérieuse (la réforme de l'État, la sécurité sociale) se cache une méthode de communication délibérément chaotique, mélangeant haute technicité et humour absurde.
Voici ce qui se passe concrètement dans les nouvelles sources (notamment autour du 5 octobre 2025) :
Le projet développe très sérieusement une application web (« Auto-Audit Sérieux ») pour l'éducation permanente.
C'est dans la documentation et le processus de création que le « délire » explose. Le texte brise le quatrième mur et met en scène la frustration du développeur face à ses outils (Hugo et FixIt) :
Ce style répond à une logique militante précise :
En résumé, le « délire » est une soupape de sécurité. C'est la preuve que l'on peut préparer une résistance politique complexe (contre le scénario Arizona) et coder des outils de souveraineté numérique, tout en hurlant « MAIS DEHORS LES ROMANOS » parce qu'une balise HTML ne s'affiche pas correctement. C'est de la résistance joyeuse.
Le monde contemporain a de quoi donner le vertige. D'un côté, nous sommes confrontés à des systèmes politiques d'une complexité institutionnelle qui semble parfois nous dépasser, générant une forme de « fatigue citoyenne ». De l'autre, nous naviguons au quotidien dans des interactions sociales où nos propres comportements peuvent, à notre insu, contribuer à une toxicité ambiante. Comment trouver sa place et agir de manière pertinente dans ce double brouillard, à la fois institutionnel et interpersonnel ?Cet article propose une exploration surprenante. En juxtaposant deux objets radicalement différents – une analyse fine du système politique belge et une petite application web conçue pour un auto-audit de ses propres comportements toxiques – nous pouvons tirer des leçons inattendues sur ce que signifie être citoyen aujourd'hui. Loin d'être une simple curiosité, cette comparaison révèle quatre enseignements contre-intuitifs sur l'action civique, la responsabilité individuelle et les nouveaux outils à notre disposition.
La première leçon nous vient de l'observation du système politique belge, souvent qualifié de « laboratoire du compromis », de « démocratie consociative » ou, plus familièrement, de « pays ingouvernable organisé ». Ces formules décrivent une réalité institutionnelle dont la complexité est le principal trait de caractère. Pour comprendre la Belgique, il faut d'abord accepter que son fonctionnement repose sur l'enchevêtrement de quatre dynamiques interdépendantes.Il y a d'abord la pilarisation , cet héritage historique qui structurait la société en grands piliers idéologiques et qui persiste dans certaines institutions. Vient ensuite la particratie , qui organise le pouvoir autour des partis politiques, réduisant souvent l'autonomie parlementaire. La troisième dynamique est la culture du compromis , une norme politique qui vise à résoudre les conflits par la négociation plutôt que l'affrontement, mais qui peut être source d'opacité. Enfin, le fédéralisme asymétrique décentralise le pouvoir pour répondre aux clivages du pays, créant un système complexe et sans retour en arrière possible.C'est la friction constante et négociée entre ces quatre forces — pilarisation, particratie, compromis et fédéralisme — qui produit ce « brol organisé » typiquement belge. Cette architecture, conçue pour assurer la stabilité et la représentation de sensibilités multiples, fonctionne non pas malgré sa complexité, mais à travers elle. Elle est aussi, inévitablement, la source d'une « fatigue citoyenne » bien réelle. La leçon est donc cruciale : avant de vouloir réformer, déconstruire ou même participer, il est indispensable de comprendre les rouages du système. Accepter sa complexité n'est pas un acte de résignation, mais le premier pas nécessaire pour se donner les moyens d'agir dessus.
En contraste total avec la complexité macro-politique de l'État belge, le deuxième enseignement nous ramène à l'échelle la plus intime : celle de l'individu. Il nous vient d'un projet au nom volontairement direct : la « Journée Internationale Des Connard·e·s ». Ce dernier se matérialise par un « mini-outil local-first pour s’auto-évaluer, s’engager à mieux faire et documenter des faits ». L'outil est une application gratuite, conçue sans aucune collecte de données (zéro tracking), dont l'unique but est d'aider l'utilisateur à identifier ses propres comportements toxiques et à prendre des engagements concrets pour s'améliorer.Cet outil d'auto-diagnostic offre un contrepoint puissant à l'ambition de la réforme systémique. Cette approche n'est pas seulement technique ; son cadrage délibérément provocateur contraste vivement avec le langage formel et académique de l'analyse étatique, suggérant une nouvelle grammaire, plus directe et sans filtre, pour l'intervention civique. Il suggère que l'action citoyenne ne commence pas seulement dans les assemblées ou les urnes, mais aussi dans un travail de réflexion sur soi.Cette approche recentre une partie de la responsabilité civique sur l'individu et ses interactions quotidiennes. Elle rappelle que la santé d'une démocratie ne dépend pas uniquement de la qualité de ses institutions, mais aussi de la qualité des relations entre les citoyens qui la composent. La quête d'une société plus saine passe donc aussi par la reddition de comptes personnelle.
Face aux limites du système politique belge, les appels à une « réinvention démocratique » se multiplient, évoquant des mécanismes traditionnels comme les « consultations, assemblées citoyennes, tirage au sort ». Si ces pistes sont essentielles, l'application « anti-connards » révèle l'émergence d'une autre voie, portée par une culture numérique décentralisée.Cet outil est explicitement présenté comme un « Outillage citoyen ». Sa conception et sa distribution illustrent parfaitement ce nouveau paradigme. Il est construit avec des outils web modernes (Hugo), distribué librement sur des plateformes comme GitHub Pages, et sa licence CC0 (domaine public) garantit que n'importe qui peut l'utiliser, le copier et le modifier sans aucune restriction.Nous assistons à un glissement significatif : l'engagement citoyen n'est plus seulement l'apanage des mécanismes validés par l'État. Il est désormais aussi porté par des initiatives grassroots, open-source et numériques. Le "kit de secours" du citoyen moderne ne contient plus seulement des bulletins de vote, mais aussi des applications légères, des dépôts de code et des licences libres qui permettent une action directe, autonome et reproductible. Les nouveaux outils sont littéralement dans nos poches et accessibles à tous.
La dernière leçon porte sur la communication. Comparer nos deux exemples met en lumière un fossé stratégique. D'un côté, l'analyse du système belge adopte un ton académique, structuré, s'appuyant sur des références universitaires. De l'autre, le projet de l'appli « anti-connards » est accompagné d'un plan de communication pragmatique, direct et méticuleusement adapté aux plateformes sociales contemporaines.Le projet fournit des modèles de messages prêts à l'emploi, chacun étant calibré pour une audience spécifique :
De la complexité de l'État belge à la simplicité d'une application d'auto-évaluation, le chemin semble long, mais les leçons convergent. La citoyenneté moderne est un exercice d'équilibre permanent : un balancement entre la nécessité de comprendre les macro-systèmes institutionnels qui nous gouvernent et l'impératif de prendre une micro-responsabilité pour nos actions quotidiennes.Cet équilibre exige une boîte à outils diversifiée, qui mêle la participation politique traditionnelle à l'agilité des nouveaux outillages numériques, et la rigueur de l'analyse à la finesse de la communication. C'est en naviguant entre ces différentes échelles et compétences que l'action civique trouve aujourd'hui sa pertinence et son potentiel de transformation.Entre la réforme de l'État et l'auto-évaluation de nos comportements, où se situe votre prochain acte citoyen ?