Une Doctrine Militaire du 19e Siècle pour la Guérilla Numérique ? 4 Leçons sur l'Activisme de Demain
Introduction : L'impression d'être dépassé ?
Face à la complexité des rouages politiques belges – entre pilarisation, particratie et compromis opaques – et au déluge d'informations, le sentiment d'impuissance est une expérience commune. Comment agir face aux menaces de dérives dystopiques et au monopole de la « vérité d'État » ? Un écosystème numérique, ouaisfi·eu, propose une doctrine de résistance hybride en s'inspirant de concepts inattendus pour réarmer intellectuellement le citoyen. Cet article explore les quatre leçons fondamentales de cette stratégie de guérilla asymétrique, conçue pour la guerre de l'information.
L'une des inspirations les plus inattendues de cette doctrine est l'Auftragstaktik, ou « commandement par mission », issue de l'armée prussienne du 19e siècle. Le principe est simple : l'état-major définit un objectif stratégique global (le « quoi » et le « pourquoi »), mais laisse une totale liberté tactique aux unités sur le terrain pour déterminer le « comment ».
Appliqué au militantisme citoyen, ce modèle s'oppose frontalement aux structures traditionnelles comme les partis ou les syndicats, où les directives sont centralisées et rigides. Ici, l'objectif partagé est de parvenir à une « citoyenneté active » et éclairée, mais chaque individu est libre d'utiliser l'arsenal à sa disposition pour y contribuer. Dans le cadre d'une « guerre de l'information », cette approche décentralisée favorise une résilience et une réactivité exceptionnelles, là où les systèmes centralisés se révèlent trop lents. Mais pour qu'une telle autonomie ne tourne pas au chaos, chaque agent doit être alimenté par une information stratégique de haute qualité. C'est le rôle de ce que ouaisfi·eu nomme l'Intelligence Civile.
Pour percer l'opacité d'un système politique belge souvent qualifié de « pays ingouvernable organisé », l'écosystème ouaisfi·eu adopte une posture radicale : il traite la politique « comme du code informatique ». Cette stratégie repose sur un arsenal technique précis et ouvert.
Cette méthode transforme le citoyen en un développeur de la démocratie, capable de copier l'information, de tracer son histoire et de proposer des améliorations, garantissant ainsi une véritable souveraineté numérique.
L'information n'est pas neutre. Dans le contexte d'une « guerre économique » où les narratifs façonnent la réalité, elle devient une arme. Pour équiper les citoyens, ouaisfi·eu développe le concept d'Intelligence Civile, qui constitue la « munition » de l'action militante. Elle consiste à adapter les méthodes de l'intelligence économique (collecte, analyse croisée, vérification) pour briser le monopole de la « vérité d'État ».
Un premier exemple est l'analyse de l'« Affaire Deborsu / RTL ». En déconstruisant le discours médiatique, l'analyse a mis en lumière l'utilisation d'un ratio erroné (150:1) pour minimiser la fraude fiscale par rapport à la fraude sociale, exposant ainsi une manœuvre de stigmatisation des allocataires. Plus puissamment encore, l'affaire Klimaatzaak a démontré comment 58 000 citoyens, armés d'arguments juridiques et scientifiques issus d'une intelligence civile collective, ont pu faire condamner l'État belge pour son inaction climatique. L'objectif est clair :
permettre à la citoyenneté active de passer « du suivi à l’impact ».
Cette doctrine ne se contente pas de théories ; elle sert à décoder des menaces politiques concrètes. L'analyse du scénario « Arizona », une réforme de la sécurité sociale belge projetée pour 2026, en est la parfaite illustration. Grâce aux outils de l'Intelligence Civile, une stratégie complexe a pu être mise à nu.
La manœuvre dénoncée repose sur deux piliers :
C'est précisément ce type de manœuvre, noyée dans des textes administratifs complexes, que l'Intelligence Civile permet de déceler, d'analyser et d'exposer publiquement avant qu'elle ne devienne irréversible.
Conclusion : La prochaine révolution sera-t-elle codée ?
Ces leçons dessinent les contours d'un activisme nouveau, passant d'une posture de réaction à une résistance hybride qui fusionne l'analyse critique et l'ingénierie numérique. L'objectif final est d'équiper le citoyen agissant en « mode solo » pour qu'il puisse rejoindre l'action collective avec des armes égales à celles des structures de pouvoir : « le code, la data et l'analyse critique ». Face à des systèmes conçus pour l'opacité, la question n'est plus de savoir si la prochaine révolution citoyenne sera codée, mais comment nous allons écrire le code source de notre propre résilience.