Loi Quintin en Belgique : Dissolution des Associations et Menace sur les Libertés

Loi Quintin en Belgique

Le projet qui inquiète la société civile

Le projet de loi Quintin (du nom du ministre de la Justice du gouvernement Arizona) prévoit de permettre la dissolution administrative d'associations jugées menaçantes pour l'ordre public. Ce texte a provoqué une levée de boucliers des ONG, syndicats et défenseurs des droits humains.

Enjeu : Le gouvernement peut-il dissoudre une association sans passer par un juge ? Où se situe la limite entre sécurité et liberté ?


Contexte : pourquoi cette loi ?

L'argumentation officielle

Le gouvernement justifie le projet par :

  • La lutte contre les organisations criminelles (mafias, réseaux de traite)
  • La prévention du terrorisme et de la radicalisation
  • L'alignement sur des législations européennes (France, Allemagne)
  • La « simplification » des procédures de dissolution

Le contexte politique

Le projet s'inscrit dans un climat de tensions entre le gouvernement Arizona et la société civile :

  • Manifestations climat réprimées
  • Grèves syndicales contestées
  • ONG d'aide aux migrants critiquées
  • Mouvements de désobéissance civile

Que prévoit le projet de loi ?

Les dispositions principales

Disposition Explication
Dissolution administrative Le ministre de l'Intérieur peut proposer la dissolution d'une ASBL
Motifs élargis « Menace grave pour l'ordre public », « incitation à la haine », « atteinte aux principes démocratiques »
Procédure accélérée Délai de recours limité (30 jours)
Gel des avoirs Possibilité de bloquer les comptes de l'association visée

Les associations visées (selon le texte)

Le projet vise officiellement :

  • Les organisations criminelles structurées
  • Les groupes terroristes ou extrémistes
  • Les associations servant de « façade » au blanchiment

Les craintes de la société civile

Les opposants redoutent une application à :

  • ONG d'aide aux migrants (déjà qualifiées de « complices des passeurs »)
  • Syndicats (lors de grèves « sauvages »)
  • Collectifs écologistes (désobéissance civile = « menace à l'ordre public » ?)
  • Associations de défense des droits (critiques du gouvernement)

L'avis du Conseil d'État

Un avis sévère (2025)

Le Conseil d'État (section de législation) a rendu un avis très critique sur le projet :

Critique Explication
Imprécision Les notions de « menace grave » et « principes démocratiques » sont trop vagues
Disproportion La dissolution administrative sans juge est disproportionnée
Droits fondamentaux Risque de violation de l'article 27 de la Constitution (liberté d'association)
Droit européen Possible conflit avec la Convention européenne des droits de l'homme (art. 11)

Conséquences

Suite à cet avis, le gouvernement a été contraint de modifier le texte. La version actuelle (janvier 2026) prévoit désormais :

  • Un contrôle judiciaire préalable (et non plus seulement un recours a posteriori)
  • Des critères plus précis pour définir la « menace »
  • Un avis obligatoire d'une commission indépendante

Le débat parlementaire est en cours.


Les réactions

Opposition au projet

Acteur Position
Ligue des Droits Humains « Attaque frontale contre la société civile »
FGTB / CSC « Les syndicats pourraient être visés lors de conflits sociaux »
11.11.11 / CNCD « Les ONG de solidarité internationale sont menacées »
Amnesty International Belgique « Effet dissuasif sur l'engagement citoyen »
Académiques (UCLouvain, ULB) Tribune signée par 200 professeurs

Défense du projet

Acteur Position
Gouvernement « Il ne s'agit que de cibler les organisations criminelles, pas les ONG légitimes »
N-VA / MR « La Belgique doit pouvoir se protéger contre les extrémismes »
Parquet fédéral « Outil utile contre les mafias qui se cachent derrière des ASBL »

Comparaison internationale

Pays Dispositif Évaluation
France Dissolution administrative par décret (art. L212-1 Code sécurité intérieure) Critiqué pour son usage contre des associations musulmanes et écologistes
Allemagne Interdiction administrative des associations (Vereinsgesetz) Peu utilisé, contrôle judiciaire fort
Pays-Bas Dissolution judiciaire uniquement Modèle respectueux des droits
Belgique (projet) Dissolution administrative avec contrôle judiciaire (version modifiée) En débat

Enjeux pour la démocratie belge

Le risque de l'« effet dissuasif »

Même si la loi n'est jamais appliquée contre des ONG légitimes, son existence peut créer un effet dissuasif (chilling effect) :

  • Les associations s'autocensurent
  • Les donateurs hésitent à financer des causes « sensibles »
  • Les bénévoles craignent d'être associés à une organisation « à risque »

La question de la particratie

Dans un système où les partis contrôlent l'exécutif, qui garantit que le ministre de l'Intérieur n'utilisera pas ce pouvoir à des fins politiques ?

Le Conseil d'État a souligné l'importance de contre-pouvoirs judiciaires forts pour éviter les abus.


État du dossier (janvier 2026)

Étape Statut
Dépôt du projet ✅ 2025
Avis du Conseil d'État ✅ Critique sévère
Modification du texte ✅ Contrôle judiciaire ajouté
Débat en commission 🔄 En cours
Vote en plénière ⏳ Prévu T1 2026
Recours possibles ⏳ Cour constitutionnelle si adopté

Questions fréquentes

Mon association peut-elle être dissoute ? En l'état actuel du droit, **non**. Le projet de loi Quintin n'est pas encore adopté. Si vous êtes une ASBL légale, vous ne pouvez être dissoute que par décision judiciaire (tribunal) ou par vos propres membres (assemblée générale).
Les syndicats sont-ils protégés ? Les syndicats bénéficient de protections spécifiques (liberté syndicale, conventions OIT). Cependant, rien n'empêche juridiquement un gouvernement de tenter de les cibler. Les syndicats belges ont déjà fait l'objet de poursuites pour des actions de grève (ex: blocages).
Que faire si je suis inquiet·e ? 1. Soutenir les organisations qui luttent contre ce projet (Ligue des Droits Humains, 11.11.11) 2. Interpeller vos élus locaux et députés 3. Participer à la [veille citoyenne](/veille-citoyenne-belgique) 4. S'informer sur ses droits (ASBL : droit de recours)

En résumé

Élément Description
Projet Loi Quintin — dissolution administrative d'associations
Justification Lutte contre organisations criminelles et terroristes
Crainte Utilisation contre ONG, syndicats, mouvements sociaux
Avis Conseil d'État Critique sévère, projet modifié
Statut En débat parlementaire (janvier 2026)

Pour aller plus loin


Sources : Moniteur belge, avis du Conseil d'État, communiqués LDH et 11.11.11 · Licence CC BY-NC 4.0

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