Un pays où l'État viole ses propres tribunaux 9 000 fois, où le Parlement est une chambre d'enregistrement, où la télévision fabrique des ennemis intérieurs, et où le citoyen n'a même pas le droit de voter « oui » ou « non ».

Il y a un test simple pour savoir si vous vivez dans une démocratie fonctionnelle. Posez-vous trois questions. Premièrement : quand l'État est condamné par ses propres juges, obéit-il ? Deuxièmement : quand vous votez, votre voix change-t-elle quelque chose ? Troisièmement : avez-vous le droit, ne serait-ce qu'une fois dans votre vie de citoyen, de dire « oui » ou « non » à une loi ?
En Belgique, la réponse à ces trois questions est non.
Et personne ne semble trouver ça anormal.
La Belgique possède l'une des plus anciennes constitutions libérales d'Europe, celle de 1831. Un texte admirable sur le papier. L'article 42 pose le principe du mandat libre : les parlementaires représentent la Nation, pas leur parti. L'article 33 proclame que tous les pouvoirs émanent de la Nation. L'article 27 garantit la liberté d'association.
Dans la pratique, ces articles sont des reliques.
Le député Michel De Maegd (MR) l'a résumé en 2025 avec une franchise rare : en Belgique, le travail parlementaire se réduit à « appuyer sur un bouton ». L'ancien ministre Didier Gosuin avait déjà posé le diagnostic en 2013 : la particratie est un système où « la démocratie n'a plus sa place ». Ce ne sont pas des militants radicaux qui parlent. Ce sont des gens du sérail.
Le mécanisme est implacable. Les présidents de parti négocient les coalitions. Ils désignent les ministres. Ils rédigent les accords de gouvernement. Ils imposent les consignes de vote. Le député qui conteste risque l'exclusion. Le Parlement ne délibère pas : il entérine. Les politologues parlent de « chambres d'entérinement » ou de « junte de présidents de partis » — et ce ne sont pas des métaphores.
Comparez :
| Ce que dit la Constitution (1831) | Ce qui se passe (2026) |
|---|---|
| Souveraineté : la Nation | Souveraineté : les présidents de parti |
| Mandat libre | Discipline de vote impérative |
| Séparation des pouvoirs | Fusion majorité-exécutif |
| L'élu délibère et contrôle | L'élu communique et obéit |
| La loi naît du Parlement | La loi naît de l'accord de coalition |
Quelques dizaines de milliers de membres de partis, dans un pays de 11 millions d'habitants, décident de tout. Le financement public massif — plusieurs millions d'euros par an pour les grandes formations — transforme ces partis en quasi-institutions d'État, sans la transparence ni la redevabilité que cela impliquerait. Le système s'auto-perpétue : les règles électorales et financières verrouillent le marché politique au profit des acteurs installés.
La Constitution belge n'est pas violée. Elle est plus simplement devenue inopérante. Un décor de théâtre derrière lequel fonctionne un autre régime, non écrit, non consenti, non réformable.
Il y a un mot qu'on n'utilise généralement pas pour un État membre de l'Union européenne : voyou. En Belgique, ce sont les plus hauts magistrats du pays qui l'emploient.
Le cas le plus paradigmatique est la crise de l'accueil. Depuis 2021, la Belgique laisse des milliers de demandeurs d'asile à la rue, en violation flagrante de sa propre loi et de ses engagements internationaux. Le résultat : plus de 9 000 condamnations judiciaires contre l'État fédéral via Fedasil. Neuf mille. Pas 9 000 menaces, pas 9 000 avertissements — 9 000 décisions de justice ignorées par l'exécutif.
En 2023, la Cour européenne des droits de l'homme a rendu l'arrêt Camara, constatant une « défaillance systémique » de la Belgique. La CEDH ne dit pas ça à la Russie ou à la Turquie. Elle le dit à un pays fondateur de l'UE, siège de la Commission européenne et du Conseil.
Sur le climat, même schéma. L'affaire Klimaatzaak a abouti à une condamnation de l'État pour non-respect de ses objectifs de réduction de CO₂. Exécution réelle : néant. Menace d'astreintes massives : ignorée.
La particratie rend cette illégalité structurelle possible. Quand l'exécutif et la majorité parlementaire sont fusionnés sous la discipline des présidents de parti, il n'existe plus d'instance politique capable de sanctionner un gouvernement qui viole la loi. Le Parlement ne contrôle pas — il couvre. L'État de droit ne fonctionne plus qu'en aval, devant les tribunaux, dans un combat d'usure que le citoyen ne peut pas gagner contre une machine qui a décidé de perdre en justice plutôt que de changer de politique.
C'est la définition opérationnelle d'un État voyou : non pas un État sans lois, mais un État qui choisit de ne pas appliquer les siennes.
Janvier 2026. Le gouvernement Arizona (N-VA, MR, CD&V, Vooruit, Les Engagés) met en œuvre un ajustement budgétaire de 9,2 milliards d'euros. L'objectif affiché : la rigueur. La réalité : le démantèlement du modèle social belge.
Les chiffres sont vertigineux.
30 122 personnes exclues du chômage dès la première vague, en janvier 2026. 90 000 de plus d'ici 2027. Limitation du chômage à 24 mois. Gel de l'enveloppe bien-être pendant 5 ans — ce qui signifie que les allocations perdent chaque année un peu plus de leur valeur réelle, sans bruit, sans vote, par érosion silencieuse. Saut d'index déguisé : 883 millions par an de pouvoir d'achat en moins pour 50% des travailleurs.
Et puis il y a la chasse aux malades.
La Belgique compte 549 996 personnes en invalidité au 31 décembre 2024. Un doublement depuis 2008. La réponse du gouvernement Arizona n'est pas d'améliorer les conditions de travail qui rendent les gens malades. C'est de punir les malades.
Les sanctions pour non-coopération au processus de « Retour au Travail » passent de 2,5% à 10% de réduction des indemnités — un quadruplement. L'absence à une convocation du médecin-conseil entraîne la suspension complète des indemnités. 218 000 dossiers seront réexaminés d'ici 2029. L'objectif : 100 000 retours au travail, avec une économie escomptée de 1,9 milliard d'euros.
Comme le résument les syndicats et mutuelles : on cible les malades, pas ce qui les rend malades.
Le ratio est éloquent : pour chaque euro prélevé sur le capital (la fameuse contribution des « épaules larges », environ 1 milliard), 5 à 6 euros sont coupés dans le social. Le budget Arizona consacre plus d'argent à l'augmentation des dépenses militaires (de 50 millions à 400 millions d'ici 2029, financés par la vente de Proximus et bpost) qu'à la protection des 2,1 millions de Belges en risque de pauvreté.
Et le plus cruel : ça ne marchera même pas.
Le Bureau du Plan projette un déficit stable à 5,4% du PIB jusqu'en 2028, puis une remontée vers 6,5% en 2030 — soit 40 milliards. La dette atteindra 120% du PIB. La charge d'intérêts doublera à 21 milliards par an. Le FMI lui-même admet que l'austérité échoue généralement à réduire le ratio dette/PIB. Le budget Arizona est un programme de souffrance sociale sans contrepartie budgétaire crédible.
Le paradoxe central tient en une phrase : la Belgique dépense 21 à 24 milliards par an pour maintenir 978 000 personnes en inactivité contrainte, tout en refusant une taxe sur les patrimoines millionnaires qui rapporterait 17 milliards.
On préfère payer pour punir que taxer pour investir.
Pour faire avaler l'austérité, il faut un coupable. Pas l'évasion fiscale (des dizaines de milliards). Pas l'inefficience institutionnelle (six parlements, six gouvernements). Le coupable, c'est le pauvre.
Le 7 novembre 2025, RTL-TVI diffuse « Sans boulot : tous fraudeurs ? » de Christophe Deborsu. 410 860 téléspectateurs. 39,1% de part de marché. Un documentaire filmé dans « la rue la plus pauvre de Belgique », à Verviers, qui montre des allocataires sociaux comme des profiteurs du système.
La présidente du CPAS de Verviers, Gaëlle Denys, révèle avoir été interviewée pendant plus d'une heure pour 30 secondes au montage final. Un ratio de 120:1. Laetitia, mère célibataire filmée, déclare : « L'image qu'ils ont donnée de moi est fausse. Je ne suis pas une profiteuse. »
Plus de 100 plaintes au CSA. Enquête ouverte pour incitation à la discrimination basée sur la condition sociale. Transmission au Conseil de Déontologie Journalistique.
Ce n'est pas un accident. C'est un mécanisme. Le sociologue Loïc Wacquant l'a décrit dans Punir les pauvres : lorsque l'État abandonne ses fonctions protectrices, il doit se relégitimer par l'exclusion punitive. Le documentaire devient un « théâtre de moralité civique » — une scène où les élites peuvent orchestrer la vitupération de figures déviantes pour combler leur propre déficit de légitimité.
Carl Schmitt l'avait théorisé : toute communauté politique se définit par la distinction ami/ennemi. Le « fraudeur social » est l'ennemi intérieur parfait — simultanément interne (citoyen nominalement) et étranger (menace au mode de vie du groupe). René Girard complète : en période de crise, la violence collective se canalise vers un bouc émissaire suffisamment marginal pour être vulnérable, suffisamment visible pour paraître coupable.
Les chiffres réels ? La fraude aux allocations est estimée entre 1 et 2% des dépenses sociales. La perception publique : 24 à 27%. L'évasion fiscale représente des dizaines de milliards de plus que la fraude sociale. Mais la couverture médiatique inverse ce rapport avec une constance qui relève de la propagande sociologique.
Le mécanisme de division est documenté : retourner les travailleurs précaires contre les allocataires, pour que personne ne regarde vers le haut. Ce que le sociologue Saïd Bouamama résume comme « diviser ceux qui devraient être unis et unir ceux qui devraient être divisés ».
Pendant qu'on filme les allocataires pour la télé, on les surveille aussi par algorithme.
La Banque Carrefour de la Sécurité Sociale traite 1,1 milliard d'échanges de données électroniques par an, connectant toutes les institutions de sécurité sociale. Pour chaque citoyen, elle sait quelles institutions le connaissent, en quelle qualité, pour quelle période, et quelles données sont disponibles.
En Flandre, les modèles prédictifs du VDAB — développés par Accenture et Deloitte, sans transparence sur les critères — prédisent quels demandeurs d'emploi « seront encore au chômage après six mois » et lesquels « chercheront moins activement du travail ». L'application MyDIA donne aux inspecteurs sociaux un accès en temps réel aux bases de données via smartphone : 36 500 éléments contrôlés au premier semestre 2023 seulement.
Le Rapporteur spécial de l'ONU Philip Alston a averti en 2019 que l'humanité devait modifier sa trajectoire pour éviter de s'engager « comme des zombies dans une dystopie numérique de l'aide sociale ». Ses constats : ces systèmes « automatisent, prédisent, identifient, surveillent, détectent, ciblent et punissent les pauvres ». Ils sont « sans fin intrusifs et exigeants, rigides et sans cœur ».
On connaît le précédent. Le Toeslagenaffaire néerlandais — le scandale des allocations familiales — a fait tomber le gouvernement en 2021 : des dizaines de milliers de familles faussement accusées de fraude, des algorithmes ciblant les familles immigrées, des victimes poussées dans la pauvreté, des ruptures familiales, des suicides. Amnesty International a documenté comment le profilage racial était intégré dans la conception même du système.
La Belgique a la même infrastructure. Elle n'a pas encore eu son scandale. La question n'est pas si, mais quand.
Et la stratégie AI4Belgium ? Selon les analystes, elle ne contient « rien sur les conséquences juridiques, éthiques et sociales » de l'intelligence artificielle. Rien.
Le gouvernement Arizona ne se contente pas de démanteler le social. Il s'attaque aux outils mêmes de la contestation.
La loi Quintin (2025) : le ministre de la Justice MR propose de donner à l'exécutif le pouvoir de dissoudre des associations jugées « radicales » — sans jugement pénal préalable, sur la base de notes de la Sûreté de l'État. Le flou des définitions (« radicalisme », « trouble à l'ordre ») permettrait de viser Extinction Rebellion comme la FGTB. Amnesty International, les syndicats, le monde culturel, les ONG : levée de boucliers. Le Conseil d'État, en janvier 2026, torpille le texte. Le ministre recule. Mais le signal est envoyé.
La loi « anti-casseurs » : dans la continuité de la loi Van Quickenborne, le gouvernement introduit une peine d'interdiction de participer à des manifestations. Les syndicats y voient une criminalisation du droit de grève. Le droit de manifester, garanti par la Convention européenne, se transforme en privilège révocable.
Les visites domiciliaires : un projet de loi autorise la police à pénétrer chez des citoyens soupçonnés d'héberger des sans-papiers. Des conseils communaux à Bruxelles, Ixelles, Jette et Liège votent des motions de refus — une fronde locale sans précédent contre le fédéral.
Le Rapporteur spécial de l'ONU sur l'extrême pauvreté, le Belge Olivier De Schutter, a publié en 2022 un rapport demandant de traiter le « pauvretisme » — les discriminations envers les pauvres — au même titre que le racisme et le sexisme. En Belgique, cette idée n'a pas même atteint le stade du débat parlementaire.
Vote obligatoire. Listes bloquées par les partis. Coalitions pré-négociées par les présidents. Interdiction constitutionnelle du référendum au niveau fédéral. Le citoyen belge est convoqué tous les quatre ou cinq ans pour valider un résultat qu'il n'a pas décidé.
Le mot flamand est stemvee — littéralement, « bétail de vote ».
L'Eurobaromètre 2025 montre une confiance de 20 à 25% envers les partis politiques en Wallonie. Soit : trois quarts de la population ne fait pas confiance aux organisations qui monopolisent 100% du pouvoir décisionnel.
En Flandre, le Vlaams Belang atteint 20 à 25% des voix. Le cordon sanitaire annule ce vote avant même les négociations. On peut penser ce qu'on veut de l'extrême droite — et il y a beaucoup à en penser — mais le fait est qu'un quart de l'électorat flamand est privé de toute traduction politique de son vote. C'est une prophétie autoréalisatrice : en excluant a priori une partie de l'échiquier, le système renforce sa propre irréformabilité tout en alimentant le ressentiment qu'il prétend combattre.
Et le référendum ? La Belgique est hantée par le spectre de la Question Royale de 1950. Depuis, la classe politique refuse obstinément de donner la parole au peuple entre deux élections. Le citoyen a été spectateur passif de la crise des 541 jours sans gouvernement — sans aucun levier pour trancher ou sanctionner.
La Suisse organise quatre votations par an. L'Irlande a réformé sa constitution par référendum. La Belgique interdit même la consultation populaire contraignante au niveau fédéral.
Message implicite du système : vous n'êtes pas capables de décider.
Six parlements. Six gouvernements. La 6ème réforme de l'État. Le « mille-feuille institutionnel ». La plupart des commentateurs présentent cette complexité comme un héritage malheureux, un bug historique qu'on finira bien par corriger.
C'est le contraire. La complexité n'est pas un bug. C'est le bouclier psychologique du système.
L'opacité produit la résignation. Quand personne ne comprend qui décide quoi, quand les responsabilités sont diluées entre dix-sept ministres compétents pour l'emploi et neuf ministres compétents pour l'environnement, quand le citoyen doit naviguer entre fédéral, régional, communautaire, provincial et communal pour comprendre pourquoi le trottoir devant chez lui n'est pas réparé — alors le citoyen abandonne. Et c'est exactement le résultat recherché.
Les psychologues appellent ça l'impuissance apprise : quand un individu est systémiquement privé de contrôle sur son environnement, il finit par ne plus essayer. La particratie belge produit cet effet à l'échelle d'une nation.
Les projections ne mentent pas. D'ici 2042, la Belgique sera confrontée à la convergence de trois crises que le budget Arizona non seulement ne prépare pas, mais aggrave.
Crise démographique. Le ratio de dépendance (67+/18-66 ans) passera de 28,5% à environ 41%. La population de plus de 67 ans atteindra 3,3 millions. Les dépenses de pensions et de soins exploseront mécaniquement. La réforme des pensions Arizona réduit le coût de 1,8 point de PIB d'ici 2070, mais les femmes et les fonctionnaires sont les plus touchés — et le taux de remplacement baisse pour tout le monde.
Crise climatique. L'impact sur le PIB est estimé entre 2,8% et 5% selon les études du Bureau fédéral du Plan. Vagues de chaleur, inondations (souvenez-vous de juillet 2021), dégradation des infrastructures. Chaque euro non investi dans l'adaptation aujourd'hui coûtera quatre à cinq euros demain en réparation.
Crise budgétaire. La dette atteindra 145 à 165% du PIB. La charge d'intérêts, 35 à 45 milliards par an. Si l'effet boule de neige se déclenche — taux d'intérêt moyen supérieur à la croissance nominale — la dette entre dans une spirale auto-alimentée. ING estime que même stabiliser le déficit à 4,4% nécessiterait 12 milliards d'efforts supplémentaires, qualifiés de « severe austerity program ».
Le budget Arizona, en détruisant l'amortisseur social au moment précis où ces crises convergent, transforme un problème gérable en catastrophe systémique. C'est un choix. Pas une fatalité.
La culture dystopique n'est pas une grille de lecture métaphorique. C'est une anticipation fonctionnellement exacte.
Orwell décrivait la canalisation de la rage vers des boucs émissaires — les Deux Minutes de la Haine. Le documentaire « Tous Fraudeurs » en est la version RTL-TVI. Huxley décrivait la production d'êtres conditionnés à accepter leur infériorité — le discours sur la « culture de l'assistanat » en est l'écho contemporain. Bradbury décrivait l'anesthésie de l'esprit critique par l'écran — la reality TV remplaçant l'analyse structurelle. Kafka décrivait l'écrasement de l'individu par des systèmes bureaucratiques sans visage — les 218 000 dossiers de malades réexaminés par une machine administrative qui ne guérit personne.
Et puis il y a Brazil, le film de Terry Gilliam : un monde où la bureaucratie est devenue si dense qu'elle constitue elle-même le système de contrôle, sans qu'aucun méchant n'ait besoin de donner des ordres. Six parlements, six gouvernements, dix-sept ministres compétents pour l'emploi. Le mille-feuille comme dystopie.
Ces fictions n'étaient pas des prophéties mystiques. C'étaient des analyses sociologiques sous forme narrative. Et leur réalisation progressive devrait alerter.
Il reste les juges. L'activisme judiciaire — des citoyens qui traînent leur propre État devant les tribunaux — est devenu la forme dominante de contre-pouvoir en Belgique. L'affaire Klimaatzaak, les milliers de condamnations Fedasil, le recours constitutionnel contre l'Arizona (article 23, principe de standstill) : la judiciarisation du politique est le symptôme d'un système où les canaux démocratiques normaux sont bouchés.
Il reste les communes rebelles. Les motions contre les visites domiciliaires. Les CPAS qui craquent mais qui tiennent. Les travailleurs sociaux en burnout qui continuent.
Il reste la société civile. Les syndicats qui attaquent la loi anti-casseurs. Les associations que la loi Quintin voulait dissoudre et qui sont toujours debout. Le Conseil d'État qui fait son travail.
Et il reste cette question, la seule qui compte : combien de temps un système peut-il tenir quand il viole sa propre constitution, ignore ses propres juges, punit ses propres malades, surveille ses propres pauvres, et interdit à ses propres citoyens de dire « oui » ou « non » ?
La Belgique n'est pas une dictature. C'est pire : c'est une démocratie qui a oublié qu'elle en était une.